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SEMIRETIRO FILOSÓFICO

Cinquième partie des dialogues avec Sebastian Nunez

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Sur le mythe et le mythique

    Angel j’aimerai vous interroger sur des questions liées au mythe, puisque sa configuration – au travers des mythologies comme vous l’avez déjà expliqué – est fondamentale depuis le genre fantastique d’Hoffmann à la naissance du Cinéma.
Plus particulièrement je vous demander en premier lieu quelque chose qui m’a toujours semblé important, et pour cela une explication est nécessaire.
Quelle fonction occupe le mythe dans la société moderne ? Puisque celle-ci, à la différence d’une société comme celle de la Grèce Antique, ne vit pas dans une totale religiosité ?

Je crois que pour commence ou tenter de commencer à répondre à cette question je préciserai le point suivant : le mythe continue à vivre dans la société contemporaine de façon larvé, hybride, fondamentalement aberrante. Il en est de même en ce qui concerne le sacré, la différence est que l’administration du sacré (c'est-à-dire le religieux) qui incombe toujours - et soulignons le toujours - en bonne partie à l’église catholique. Par l’intermédiaire du culte, ou ce qu’il en reste ou en restera, surtout dans les cérémonies festives, processions, fêtes des saints et des patronnes, comme la propre confession auriculaire, et avec l’aide des formes pour – les catholiques mal connus comme « religiosité populaire », parvient toujours a ce que le sacré – ou une « part » de celui-ci – ne se présente pas en modes hybrides, délirantes ou directement aberrantes.

Maintenant, bien, le mythe est sur le point de perdre son dernier mode possible de manifestation ritualisée dans la modernité, qui est le mythopoïétique ; c'est-à-dire endiguer (ou canaliser ou orienter) ses mithologemes en modes et matrices (ou moules) dramatiques dans lesquelles la représentation, la mise en scène, jusqu’à la performance agissent (jouent) comme remplaçants du rituel. Je dis remplaçants et non similaires.
Parce que un rite sans correspondance est d’une grande dangerosité, puisque sa force, son énergie ou prana sans ce cercle, cadre de cure que représente le rituel déborde et envahi des cadres et des espaces qui ne sont pas prêt pour le recevoir. Incluant la nature. Comme on le remarque de façon croissante et démentielle dans les phénomènes sismiques, les éruptions volcaniques après des milliers d’années d’inactivité, tout comme aussi les forêts en feu et tsunamis auxquels cas, ne sont pas seulement des phénomènes physique, c’est clair.

Maintenant, bien, ce même débordement du mythique dans le physico-naturel se précipite aussi dans d’autres cadres, plus intérieurs ou – pour mieux le dire – les hurricanes et autres sont les modes ad extra et ceux que nous allons définir par la suite seraient les cadres ad intra du débordement mythique sans cure pour le rituel. Ceux-ci appartiennent à tout ce qui est en relation avec le psychique.
Permettez-moi de vous citer un exemple afin de tenter de comprendre.

Regardons l’acteur, l’écrivain, le danseur, l’artiste en général, ou tous ceux qui possèdent un don ou un plus énergétique, incluons les sportifs. Il est connu que lorsqu’ils ne peuvent exercer ou purger cette énergie en dehors, celle-ci revient comme un boomerang, violement dans l’intérieur, le psychique.

De là – puisque nous y sommes – un régime rigoureux, presque paradoxalement ascétique, du toujours très diffamé Star-system du Hollywood classique. Durant ces très longues journées de travail et avec ces terribles exigences auxquels les acteurs étaient soumis, ce régime pu réussir uniquement à ceux qui possèdent de telles forces, qui ne fussent pas de simples numéros biologiques et devenir des archétypes.
Ici nous pouvons nous poser une simple question – par exemple Lana Turner – qui a eu de grandes souffrances personnelles, mais, vous vous imaginez ce qu’elle aurait fait sans le cinéma ?

Comme le mythique sans le rituel, qui est sa condition de propriété symbolique de droit, devient en débordant des cadres externes et internes inadéquate pour sa cure et son déploiement, en manifestation morbide, sinistre. Et ainsi on peut voir avec  une totale clarté comment un phénomène social, populaire, « de masse » et surtout politiquement irrésolue est plus que tout un problème qui est lié au mythique mal implanté et/ou irrachetable par son manque de rituel.

Tout cela peut être mis en relation avec ce que Konrad Lorenz appelle en étiologie, la « théorie hydraulique ».
Ceci dû aux instincts provenant du passé animal qui continue de fonctionner ataviquement en nous et qui prendra des milliers, jusqu’à des millions d’années à se ritualiser. Ainsi les formes dévient ou neutralisent l’instinct d’agressivion. Mais comme la vie moderne, surtout dans sa forme urbaine, nous fait avoir quotidiennement, des dizaines de contacts sociaux non désirés, il se crée en nous des excès d’agression ou d’agressivité qui ne peut se préserver avec les modes exigües de canalisation (endiguement) ou de neutralisation qu’offre cette même vie quotidienne dans les grandes villes.

Alors, à ne pas pouvoir se résoudre ou exorciser cette croissante agressivité en jeux, sports sans parler de chasse ! Point majeur ! – l’homme singulier accumule à la base une pression telle que – la pression hydraulique – termine par exploser, montant à la surface et déborde de façon aberrante par les 4 côtés de la vie. Et aucun des 4 côtés n’arrive à tracer des sillons ou ouvrir des canaux pour que circulent ces forces en expansion… Les quatre côtés sont : la famille, le travail, la fête – ou ce qu’il en reste – et une partie quelque peu imprécise que l’on appelle  « loisir », composé par le jeu, les vacances et le spectacle…Que nous devrions voir séparément…

Ainsi nous pourrions dire qu’il se passe la même chose pour le mythe, le sacré et l’instinctif et que de plus en plus ils tendent à se ressembler tant dans ses causes comme dans ses conséquences. Ou les uns se mettent en relation avec les autres de manière toujours plus flagrante.

Ici je me risque – grâce à vous – à mettre sur le tapis une hypothèse que je ressasse depuis des années. Serait il que ce que nous appelons, instincts, pulsions et dérivés, sont dans le physique et le biologique ce que le mythe et le mythique sont dans le spirituel ? Et que le sacré est la voie intermédiaire, la synthèse ou le canal qui permet premièrement de « fabriquer », condenser et puis faire circuler cette synthèse entre le mythique et l’instinctif ?

La seconde question est : comment est-il possible de maintenir le mythe après la révélation chrétienne de l’Incarnation ? Si ce dernier est le surpassement des temps mythiques, pourquoi est-il toujours nécessaire de soutenir les reconfigurations mythiques ?

C’est clair, clair ! Qu’avec l’Incarnation se terminent le mythe et le mythique. Ou se termine les manifestations du mythe, c'est-à-dire les mytologemes et de certains modes aussi – complémentant un peu Eliade si vous me le permettez – concluent les mêmes hierofanies. Ce que nous savons depuis Vico. Celui qui – puisque nous y sommes – Eliade nomme rarement ou jamais directement. Tout comme Gorres ou Bachofen, c’est sûr.

Ainsi, tous les mythes, où plutôt les mytologemes, sont des manifestations, signaux, préannonces antérieures à la Révélation avant l’Incarnation. Ceux sont des avances, prologues, des synthèses poétiques de ce qui n’a toujours pas été ni révélé, ni incarné. Incluant sans peur de le dire, matérialisé. Et cela fait qu’il y ait encore des idiots (qui se croient traditionnels) reprochent à Teilhard certaines de ses affirmations. La Révélation et surtout ensuite l’Incarnation chrétienne sanctifient le matériel. Le Christ est aussi matière. De là au symbole fondamental de la Transsubstantions qui aideront tant Teilhard pour comprendre comment agit Dieu dans sa création. 

Rappelez-vous l’exemple qu’il donne ? Si comme sacerdoce j’assiste et participe tous les jours, durant la Consécration, à ce que qu’un morceau de pain se convertisse en présence réel du Christ, Dieu ne pourrait-il pas imprimer du même mode dans sa création une similarité et une continuelle transsubstantiation de la matière avec laquelle elle fut faite ? De là, la théorie de l’évolution, pose une première tentative dans un encadrement mental puritain qui déjà devenu scientisme libéral, s’unit ou mieux dit- converge – avec la métaphysique traditionnel. Ici, nous voyons un nœud problématique ou peut-être le nœud problématique fondamental : la convergence existe déjà mais on ne veut ni la vivre ni l’habiter…

Aujourd’hui, et depuis des décades de notre époque, ceci se complète non seulement par la découverte sinon et surtout par l’interaction de l’ADN, qui confirme sans plus la définition aristotélique de l’âme comme l’information du corps.

Mais de plus voici ce qu’il advient. Depuis un certain temps cette partie du monde a finie d’être chrétienne et – au moins dans sa superficie – est directement antichrétien voir postchrétien. Et cette conditio fut – une fois de plus découverte et éprouvée avant tout par quelques artistes, penseurs, poètes qui (en mode chamanique), somatisent et pré-visionnent car ils sont des supports. Ou pour mieux le dire, ils (les artistes) ont somatisés et mentalisés, puisque maintenant nous savons que c’est la même chose.
Les romantiques Allemands sont les premiers à avoir éprouvé ce manque de chrétienté ensuite c’est un long axe qui va de Poe à Baudelaire, solitaires et uniques, comme Leopardi et Kierkegaard, eux et tant d’autres jusqu’à l’arrivée du Cinéma (Ciné).

Ils ont visionnés ou pré-visionnés cette matérialisation sans sa partie incarnée qui déjà se produisait dans ces endroits d’Europe et d’Amérique, et alors survint un tour ou ricorso de tout ceci les reconduisant au mythe et au mythique.
Mais avant de continuer sur ce thème il me semble, mon ami, que je sois dans l’obligation de reprendre au commencement. J’ai peur que ce soit un peu long…

Vous m’avez interrogé sur le mythe et l’Incarnation. Voyons ce qui arriva après le triomphe du christianisme. Ou – si nous le voulons – une fois que le christianisme devint la religion de l’Empire, parce qu’il est nécessaire de se rappeler une chose fondamentale. Le christianisme a accepté de prendre en charge cet Empire. Son art et sa loi – ce qui est empirium – puisque le christianisme, ou mieux l’élite chrétienne aurait pu maintenir sa posture apocalyptique antérieure, d’attente (espera) silencieuse et quiétiste du jugement final et hausser les épaules face à Rome et se désintéresser de son héritage, qui inclut la langue dans laquelle nous dialoguons vous et moi en ce moment.
Ensuite, durant une longue période, que certains appelle « l’âge obscure » qui s’étend de la chute de Rome à jusqu’à l’apparition de Charlemagne en 800. La posture de ce premier christianisme avec le grec en général et le mythe en particulier fut en bonne mesure que c’était des choses diaboliques et un mensonge sans plus. Mais il y eut un second courant, en parallèle – surtout à Alexendrie – qui avec certaines circonlocutions compressées, défendaient l’emploie du mythe pour comprendre certains passages du mythe des Ecritures et surtout dans l’Ancien Testament – c’est clair. Comme par exemple, Clemente et surtout le grand Origenes qui fondèrent une sorte de confusionnisme – confusion qu’ils encourageaient pour qu’on les laisse tranquilles – qu’ils nommèrent « méthode allégoriquee ».
C'est-à-dire que tout passage de l’Ecriture en particulier de l’Ancien Testament – disons de la sortie d’Egypte et la croisée de la mer Rouge – en plus de son sens littéral, usuel, contenait une seconde signification de caractère plus hermétique…Cette seconde signification est de caractère symbolique, mais qu’ils préfèrent nommer allégorie, comme je l’ai dit plus haut, puisque l’allégorie semblait être plus orthodoxe. Pour d’autres motifs à l’écrit, à la différence du visuel ou du plastique, la dichotomie entre symbole et allégorie n’est pas si extrême, comme le découvrira plus tard Schopenhauer avec quelques confusions d’ailleurs. Un point que nous aborderons, si cela vous convient, séparément.

En plein Moyen-âge, à partir de l’année 800, l’Empire restauré avec Charlemagne et avant tout avec le monde païen qui n’était plus autant dédaigné par la chrétienté orientale, avec en épicentre Byzance, l’utilisation du grec. De là les histoires (mithoi) grecques qui se transmettaient et se conservaient oralement – parce que l’Occident à perdu l’usage de la langue grecque il y a peu près mille ans – et cette langue tendait à devenir une partie du patrimoine anonyme – la mal nommé « culture populaire » - pour se transformer en élite, qui s’était regroupée dans distinctes sociétés et confréries. Comme les « Fideli d’Amor » - dont faisait partie Dante – mais aussi les malchanceux Templiers, dont il serait bon de, sans plus tarder, rouvrir le dossier  car il est maintenant explicite. Mieux comprendre qui ils étaient et comment ils agissaient  et ne pas laisser comme nourriture (aux cochons) aux inventeurs délirants et stupides, semi-lettrés qui compilent des imbécilités sur de prétendus « codes », quand le seul code qu’ils connaissent est celui des bars. Mais laissons cela pour le moment.

Là, dans ces endroits, sociétés et confréries, les mythes et le mythique recommencèrent à se comprendre opératoirement. C'est-à-dire, on travaillait avec eux tous les jours. Ici on comprend en mode opératoire ce que, des siècles plus tard, comprendra ou comprendra à nouveau, Vico, par la philosophie.

Disons que ce que l’on appelle sans plus « philosophie » depuis maintenant trois ou quatre siècles – spécialement celle qui compte – c’est la forme spéculative d’un savoir qui a perdu son caractère opératoire… Ainsi Leibniz, et bien après Bergson et Heidegger et quelques autres encore, Max Scheler peut être…

Même si Vico en réalité n’est déjà plus dans la « philosophie » dans le sens inauguré par Descartes et ses comparses – sinon quelque chose de très différent : d’un côté c’est de la métaphysique pure et de l’autre il avance, ou à la rigueur invente des choses comme l’esthétique, l’ethnographie, l’anthropologie et les nomment plus tard « sciences de l’esprit ». De là née l’incompréhension dont il a joui pendant toute sa vie et perdure pendant des siècles d’où la circulation quasi clandestine de ses idées. Par exemple en Allemagne ou Hegel le lut en cachette, mais « l’inverser » et c’est ainsi que le reçut Marx.
Qu’est ce qui est opératoire alors ? Qu’est ce qui s’applique à ce savoir « qu’est ce qui œuvre et fait son effet ? », qui fait ce travail et fait office  pour être l’office avec lui ? Quelque chose se prépare et est prêt à entrer en action. Les guillemets sont les définitions littérales de l’académie de la langue castillane (française)…C'est-à-dire qu’à un certain niveau, on continue « toujours» à comprendre ce qui est opératoire.

Disons que c’est lorsque l’on connait la signification symbolique d’un cercle ou d’une spirale que l’on travaille et officie journellement avec lui. Tous les jours et de façon –cosmique, c'est-à-dire dans la totalité de la vie et non dans des compartiments stagnants, séparés entre eux. Quand ce signe n’est ni ornement ni fragment séparé d’une totalité, mais que cette totalité est « cosmique », c'est-à-dire que tous les ordres et phases (stades) de la vie participent de la même forme à cette totalité. Ou le symbolique, l’économique, le subjectif particulier et l’objectif collectif ne sont pas des choses séparées ni moins anonymes.

En revanche, spéculons que c’est lorsque l’office devient « officieux » et une dissolues les corporations d’office, après « l’automne du moyen-âge », apparaît ce savoir purement spéculatif, parce qu’il ne fait pas office seulement et qu’il spécule avec ce que d’autres avait fait office.

C’est là qu’apparaît cette philosophie prématurée de la renaissance qui tente plus que tout de renouer (relier) avec l’antérieur et qui commence à se perdre. Là apparaissent Pico Della Mirandola, Marsilio Ficino, premier traducteur de Platon et Hermès Trismegisto et tant d’autres. Le dernier maillon – déjà tardif – de ce courant sera Giordano Bruno, dont le procès que lui firent ses pairs le condamna et le maintenère littéralement dans un dialogue de sourds.
Pour en revenir à l’opératoire et au sens premier de pré-renaissance de l’allégorie, rappelons nous des quatre sens que Dante, dans une lettre à son protecteur Cangrande Della Scala, déclare qu’il a sa « Comedie » littérale, allégorique, morale et anagogique, que certains nomment aussi « supra-sens ». Le premier n’a pas de problème, le second est symbolique, même si on préfère dire allégorique parce que nous somme en lettres et le propre terme d’allégorie – « allegourein », « je dis une autre forme » - indique déjà cette forme de lecture. Ensuite la morale ou l’éthique ne présente pas non plus de problèmes ou bien est ce le contraire ?  Bien, signalons au passage que cette dernière serait celle que nous nommons dans notre contemporanéité sans plus de « contenu » et jusqu’à – Dieu saint – « message ».

Mais et l’anagogique ou le topologique  ou supra-sens ? Se référent de façon superficielle au tropoi, modes, figures et surtout métaphores, aux détours pour exprimer quelque chose de non littéraire. Bien, mais ce sont aussi les modèles classiques – avec Dante et les autres qui inventent le modèle classique – apprit des grecs et des latins. Celui-ci est le premier exemple – comment dire – opératoirement chrétien du mythe. C'est-à-dire qu’il est dans l’Incarnation et la Révélation. Mais l’expression,  n’épuise pas (tarie) l’actualité mais plutôt exprime aussi l’antérieur – à ce qu’il illumine parce que le verbe s’est fait chair – c’est là que pour recourir à l’emploi du mythe, non christianisé sinon récupéré dans le sens admis synthétiquement à l’actuelle chrétienneté.

Biensûr c’est ce qu’il faut faire aussi – changeant ce qu’il y a à changer – dans le monde celte avec le cycle arthurien. Ce n’est pas que Saint Patrick et autres moines ont été défigurant avec l’aide de quelques irlandais et gallois s’adonnant au whisky, le païen des mythes arthurien avec de l’eau bénite. Pour rien. L’antériorité se récupère. Alors il est simple de savoir et de comprendre ce que pré visualisaient  des figures comme Avalon, l’épée d’Excalibur, la fée Morgan, sans parler de Merlin.

D’ailleurs C.S Lewis n’a aucun problème à « ressusciter Merlin » - qui est en permanence en état « d’animation suspendue » dans la campagne anglaise – pour qu’il somme aux troupes traditionnelles  qui détruisent les forces de l’obscurité dans la troisième partie de son extraordinaire « Trilogie de Ransom ». Bien évidemment quelques ignorants et puritains – ce qui est la même chose – lui tombèrent dessus pour ça.
Ainsi nous savons que dans le Moyen-âge – « moyen » ! Il y a un usage opératoire – comme dans toutes les habitudes de la vie pour les autres – de ce matériel topologique, rhétorique antérieur au christianisme. Dante et ainsi que ceux qui travaillèrent- en terme de poésie – sur le cycle Arthurien, comme Chrétien de Troyes et tant d’autres.

Après, et avec la chute de Byzance, on pourrait dire que le grec se déplace de nouveaux en Occident et finit de se parler en Orient. Se parler dans le sens de se comprendre, puisque le parler n’est pas seulement une fonction organique ni ne peut être séparé de la langue, comme le soutiennent certains positivistes déjà en retraite.

Cette redécouverte de la langue grecque en Italie en premier, et ensuite dans toute l’Europe qui a donné lieu à ce que l’on nomme « renaissance ». Mot –souvenons nous de cela – baptisé (inventé) juste circa de 1830 – et en France – polémiquement contre l’Eglise catholique tout comme l’invention de quelque chose appelé « moyen-âge » comme synonyme du « règne de l’obscurité » et autres sottises. Ici je crois qu’il est très intéressant de se souvenir que les penseurs anarchistes contemporains à l’origine de cette invention, de cette magouille historique, de Kropotkin jusqu’à Bakunin, ne tombèrent pas dans ce piège et parlèrent avec beaucoup d’éloges de cette période.

C’est durant cette période appelée de façon étrange – et de plus trois siècles après – « renaissance », quand et ou réapparaît pour certains européens la langue grecque, son usage effectif. Et c’est la aussi que surgit ce premier nœud syncrétique – ténue mais premier nœud, - déjà qu’avec lui on commence à confondre l’esthétique et le religieux, et – surtout – le symbolique avec l’allégorique. C'est-à-dire quand l’emploi antérieur et opératoire du mythe par Dante – au moyen de l’anagogique – devient quelques chose de spéculatif, et quand du poétique on passe au pictural, ou mieux à « l’illustration du mythe », comme il le nomma.

Ici nous avons notre première illustration. C’est le premier maillon du mythe illustré. Typique de tout ça les peintures de « La naissance de Vénus » de Botticelli.

Là le spectateur contemporain de ses peintures déjà ne comprend plus la représentation de la première histoire, parce que le mythe est devenu allégorie. Puisque l’usage « plastique » de la coquille marine, des êtres qui soufflent d’un côté et la pluie de fleurs ne leur dit déjà plus, à qui regardent, ce qu’elles signifient « réellement » dans le cadre de sa représentation réelle pour – après – être autre chose.

Avec l’illustration par la Renaissance des mythes grecs apparaît l’allégorie déjà au sens moderne. Le second sens de ce qui est vu et représenté ne se soutient pas et ne se supporte pas dans la représentation littérale du premier plan. On doit recourir à un savoir livresque ou à une « donnée » qui ne figure pas dans le cadre. Ainsi la coquille marine, qui selon plusieurs mythologues fut le vaisseau qui transporta Aphrodite nouveau née jusqu’à une île, par le général Citère. Les êtres à côtés sont les zéphyrs qui font naviguer le vaisseau et la pluie de fleurs et l’autre figure féminine à droite qui se dépêche de la couvrir avec un manteau rouge etc…Toutes ces significations qui ne s’extraient pas s’appuyant sur la représentation première. A partir de l’allégorie réapparaît comme un problème et continue ainsi jusqu’à l’apparition du cinéma (Ciné). C’est clair que de là surgit sa résolution – pour nous définitivement – dans le concept du ciné qui, après des siècles – à opérer effectivement l’ordre symbolique arrive à tracer une ligne totalement polémique et divisible avec l’allégorie, à laquelle il renvoie sans plus à l’ordre du purement spéculatif.

Voyons, pour continuer avec l’antérieur – un cercle ou une spirale dans un film d’Hitchcock – ce n’est pas seulement qu’ils signifient symboliquement un second sens s’appuyant sur le premier est matériel, sinon qu’aussi cette littéralité est représenté matériellement en forme complète et comment elle est utilisée dans son sens actif – c'est-à-dire dramatique – se récupère pleinement l’opératoire.

Il est certain qu’avant, un peu avant et contemporainement Eliot, Stravinski, Joyce cherchaient la même chose au travers de la musique, poésie, le drame poétique et le roman, il y arrivèrent en grande partie, c’est clair. Mais jamais de façon totale, pleine et opératoirement comme dans le concept du ciné, parce que là nous le voyons en action. Une chose est de mettre en relation poétiquement le mytologeme de « La mort par l’eau » dans « La terre vaine » et l’autre est de le voir de façon opératoire, c'est-à-dire dramatiquement dans un moment d’ « Apocalyspe Now ».

Si vous me permettez de m’avancer un peu, le second moment de cette illustration du mythe initie à la « renaissance » c’est le néo-classique français ou nommé, sans plus, l’Illuminissime en France et Aufklarung de l’autre côté du Rhin et contre lequel réagirent les romantiques allemands. Encore mieux il conviendrait de dire que certains allemands comme Novalis, Hoffmann ou Van Kleist « inventent » le romantisme pour s’opposer polémiquement à cette version allemande de l’illustration qui avait Kant et Goethe en tête de file.
Après il n’y aura plus d’illustrations du mythe sinon directement technicité du mythe – comme l’appelle Karl Kerenyi. Ce qui apparaît de paire avec la photographie qui contribue à la technicité absolue du mythe. Pour cela aussi quand apparaît peu après le ciné, nous le définissons comme le rédempteur de la réalité photographie. Plus encore, c’est avec le cinématographe de Lumière – Méliès – on est au point d’arrivée à la technicité absolue du mythe et en « double faz ». Pour un côté la matérialisation totale avec Lumière et, pour l’autre, la dissolution et la rechute conséquente dans le magique avec Méliès. De là, surgit, bien entendu que providentiellement, le ciné.
Si nous avions besoin d’une seule preuve contondante d’une évidence absolue de l’ « intervention » de la Providence dans le monde et dans l’histoire avec l’apparition du ciné ça serait plus que suffisant. Mais nous nous éloignons quelque peu de votre question.

Ce qui unie des gens aussi divers que Kierkegaard et Poe, Stoker et Léon Bloy, auparavant Leopardi et Baudelaire, de Novalis à Hoffmann ou Caspar David Friederich et autres contemporains – ils perçoivent et pré-voient en conséquence la prime (précoce) déchristianisation du monde. Au moins celle des « capes dirigeantes » bourgeoises et d’une bonne partie de son « intelligentsia » - ou de se qui passe pour tel – ainsi que pour bonne part de ses artistes. C’est alors quand certains d’entre eux, comme réponse, recourent au mythe comme outils. Le mythe est le ricorso per se. Même s’ils ne s’entendent pas tous entre eux…attention.

Remarquez que dans son journal Bloy note qu’il a lu « Les aventures de Arthur Gordon Pym » avec une admiration notable, ainsi comme il voit avec tout clarté et jusqu’au génie que ce voyage c’est celui de l’âme contemporaine sans Dieu et sans rien, mais…Il pense que Poe reflète cela comme étant sa propre condition personnel et non comme symbole ou métaphore. Il pensait que Poe lui-même était celui qui n’avait pas Dieu ! Souvenons-nous maintenant que – selon Vico – nous retournerons, une fois atteint « la barbarie de l’intellect », à l’état primitif. Là nous y sommes déjà, c’est clair. Mais – à ce qu’il paraît – c’est cette même barbarie de l’intellect qui nous empêche de réagir contre cette régression à l’état animal. Le seuil que nous voulons ou avons peur de franchir maintenant selon Teilhard.


© Ángel Faretta
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